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La communauté des lecteurs devrait faire la moitié du contenu

Les médias sont en position stratégique avantageuse pour accueillir les communautés de leurs usagers mais la plupart ne semblent pas en voir l'utilité.

Jeff Jarvis parle aujourd'hui de la stratégie d'encerclement de Rupert Murdoch (News Corp) autour du New-York Times. Indépendamment de la situation, le diagnostic de Jarvis peut s'appliquer aujourd'hui à tout média:

I think the Times has to decide on radical reinvention, a new architecture. You can guess my starting points: a networked structure, a distributed strategy, a community plan.

Je pense que le Times doit se décider à se réinventer complètement selon une nouvelle architecture. Vous devinez mes points de départ: une structure en réseau, une stratégie distribuée, un plan de communauté.

Jarvis rapelle qu'il a fait des suggestions au NYT le mois dernier et a repris des propos de Fred Wilson. En voici des extraits:

The Times should create and sell quality collaborative networks and expand the brand around its value: reporting. (...) And it has to become the product of collaboration with networks and independent professionals and its audience. I agree with Fred Wilson here: “I’d make the NY Times all about their audience. Let the people who read the paper have a much larger role in the content that gets published, both online and offline. The best thing about the NY Times is their readers. The only way they can fix their problems is by leveraging them as the other half of their newsroom.”

Le Times devrait créer et vendre des réseaux de collaboration de qualité et développer sa marque autour de sa valeur: le reportage. (...) Il doit devenir le produit de la collaboration avec des réseaux, des professionnels indépendants et ses lecteurs.

Ici, je suis d'accord avec Fred Wilson: "Je ferais de ses lecteurs le propos du NY Times. Il faut permettre aux gens qui lisent le journal d'avoir un rôle beaucoup plus important dans le contenu qui est publié, en ligne et hors ligne. La meilleure part du NY Times, c'est ses lecteurs. La seule façon qu'a le journal de régler ses problèmes et d'utiliser la force que sont ses lecteurs et d'en faire la deuxième moité de leur salle de nouvelles."

Malgré ces relents d'apocalypse, l'objectif n'est pas si difficile: rappelons que MetaFilter, qui génère 9,9 millions de pages vues par mois, n'est géré que par 4 personnes. En fait, par rapport aux enjeux énormes, les coûts d'une communauté sont minimes. C'est le saut culturel qui semble paralyser nos médias.

(J'ai cherché l'article où Sylvain Carle s'exclame "C'est culturel!" Merci de m'aiguiller si vous le trouvez.)

Les commentaires dans les blogs de médias

Dans le numéro d'août d'Infopresse, Richard Martineau raconte à quel point il est déçu par les commentaires postés dans son blog sur canoe.

Il commence d'ailleurs sa chronique en citant d'abord Richard Hétu qui avait exprimé les mêmes sentiments le 2 juin dernier dans son blog sur cyberpresse:

Richard Hétu:

"Je mets des gants blancs pour exprimer ma déception concernant le caractère infantile et répétitif de certains commentaires qui accompagnent les billets de ce blogue."

Richard Martineau:

"J'en ai ras le cul d'ouvrir mon blogue et de découvrir des messages d'insulte écrits à trois heures du matin.
J'en ai ras le bol de voir mon blogue pris d'assaut par des militants qui profitent de MON espace pour véhiculer LEUR propagande."

Or, on sait par le succès d'innombrables communautés sur le Web que l'on peut facilement orienter la qualité de la participation (et des participants) pour obtenir un contenu bénéfique pour tous: pour les participants, pour les lecteurs, pour le média.

Donc (comme le fait si bien Sebastien dans le Praized Blog):
Qu'est-ce que ça veut dire?

1 - Richard et Richard, je ne veux pas vous faire de la peine, mais ce n'est pas vraiment "VOTRE" blog, du moins pas dans le sens où on l'entend généralement. Ce que vous avez est "un" blog de diffusion, dans un environnement dont vous n'avez pas le contrôle:
- vous ne pouvez pas vérifier qui sont les gens qui font des commentaires;
- vous ne pouvez pas apprendre à les connaitre parce qu'ils n'ont pas de page personnelle où se retrouvent tous leurs commentaires, donc ils n'ont pas la possibilité de se créer une réputation;
- donc vous ne pouvez pas encourager ceux que vous appréciez et éliminer les autres.

2 - Si ça peut vous rassurer, vous n'êtes pas les seuls. Pour être sûr, j'ai vérifié sur cyberpresse.ca, canoe.com, lactualité.com, ledevoir.com, radio-canada.ca, nytimes.com, wired.com, etc. Aucun de ces grands médias n'applique la règle de base de toutes les communautés sur le Web: tout commence par l'individu, sa page d'identité à partir de laquelle on a accès à toutes ses contributions. En fait, espace.canoe.ca est sans doute le plus avancé dans la mesure où il a une excellente structure d'identité (page du modérateur d'Espace Canoé), sauf que cette excellente structure n'est pas reliée aux commentaires dans les médias du groupe!
D'ailleurs, à ma connaissance, aucun grand média classique (né hors du Web) n'a encore mis en place et développé une communauté. (S'il en existe, merci de me les signaler.)

3 - Pourquoi ces grands médias n'ont ils pas encore lancé de communauté alors qu'ils en ont non seulement les moyens mais aussi le bassin (leurs lecteurs, auditeurs, téléspectateurs) et qu'on connait maintenant très bien les avantages des communautés?

Ici, un léger rappel sur le fonctionnement prouvé des communautés sur le Web: 1% des lecteurs deviennent des contributeurs réguliers, 9% deviennent des contributeurs occasionnels, 90% restent simplement lecteurs. Noter que "contributeur régulier" signifie généralement: "participant dont la contribution ajoute un contenu bénéfique à la communauté".
Donc, faisons un exercice rapide: un média sur le Web qui aurait 1 million de lecteurs a le potentiel d'avoir dans sa communauté 10 000 contributeurs réguliers de qualité et 90 000 contributeurs occasionnels de qualité. Soit 100 000 contributeurs de qualité!

Donc, revenons à notre question: "Pourquoi les grands médias n'ont ils pas encore lancé de communauté?"

4 - Une première réponse pour aujourd'hui (il y d'autres façons d'analyser la même cause): parce que ces médias ne considèrent pas encore leurs lecteurs comme des contributeurs.
Ce qui est assez évident quand on fait l'exercice de visiter les interfaces "laissez un commentaire" de ces médias, c'est que les "commentaires" sont traités comme s'il s'agissait d'une façon de "laisser le lecteur ventiler son envie d'interaction", pas comme "une contribution appréciée écrite par des contributeurs tellement appréciés
- qu'on les accueille,
- qu'on leur crée un espace,
- qu'on mémorise leurs contributions,
- qu'on leur permet de s'établir une réputation,
- qu'on récompense leur contribution au contenu du média,"
qui sont toutes des caractéristiques de base des communautés sur le Web.

Bref, Richard et Richard, si vos commentateurs et ceux de la plupart des médias classiques disent souvent n'importe quoi, c'est peut-être parce qu'ils sont traités comme n'importe qui.

Communauté contre "contenu produit par les usagers"

Matthew Haughey, créteur de Metafilter, a créé fortuitous, un blog pour y rapporter tout ce qu'il a appris (et continue d'apprendre) sur la gestion des communautés. Comme il est à la fois créateur, gestionnaire, administrateur et modérateur depuis 8 ans, ses "trucs" concernent tous ces domaines et sont extrêment condensés. Je vais en faire ici plusieurs entrées, en commençant par ce qu'il pense du soit-disant Graal qu'est pour certains le "user generated content", le contenu produit par les usagers:

Je déteste l'expression User Generated Content. Je considère que c'est péjoratif et très révélateur de la personne qui l'emploie. Cela sonne comme si les membres de votre site étaient des robots dévoués qui crachent du contenu pour que vous en fassiez de l'argent. Le terme propre (et respectueux) est "communauté".

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