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Une communauté pour chaque média

Dans un article de nytimes.com sur la concurrence que font les annonces gratuites de Craigslist aux annonces classées des quotidiens, un éditeur annonce l'omniprésence prochaine des communautés:

Clayton Frink is the publisher of The Capital Times in Madison, Wis., where Craigslist arrived in 2005. The newspaper late last month stopped printing daily, adopting a Web strategy and printing weekly.

“Building communities is going to be critical for any online product, whether a newspaper or not.”

"La création de communautés va devenir indispensable pour tout produit sur le web, que ce soit ou non un quotidien."

Pourquoi "indispensable"? Parce que ce qu'on appelle "communauté", faute d'un nom plus précis, recouvre simplement l'interface d'échange et de participation entre un site et son public. Pas n'importe quelle interface, bien sûr, sinon on dirait simplement "site avec commentaires" ou "forum" ou tout autre mot qui ne couvre pas l'engagement dans une relation que représente une communauté.

Tout média ou tout produit qui veut générer une interface de fidélisation à long terme autour de son site a besoin de quelques éléments clés pour devenir une "communauté":

- un engagement à long terme: les gens ne participent pas ou peu s'ils savent que leur contribution est jetable;

- une page personnelle pour chaque membre, à partir de laquelle on peut retrouver toutes ses contribution: la fidélisation, comme la réputation, sont basées sur la mémoire;

- une raison d'être claire; n'importe qui peut lire le contenu d'une communauté, mais les membres participent parce qu'ils font quelque chose qu'ils aiment avec d'autres gens qui aiment le même sujet;

- des règles (ou lignes directrices) claires qui définissent les sujets, les hors-sujets et les balises de comportement, avec un système d'alerte des modérateurs pour que les membre aident à maintenir les objectifs, l'ambiance et la civilité;

- des interactions personnelles: sur le web, les entités n'existent pas, il n'y a que des gens; les auteurs, modérateurs et administrateurs doivent être nommés, reconnaissables, identifiables par leur page personnelle et rejoignables par courriel.

Les commentaires dans les blogs de médias

Dans le numéro d'août d'Infopresse, Richard Martineau raconte à quel point il est déçu par les commentaires postés dans son blog sur canoe.

Il commence d'ailleurs sa chronique en citant d'abord Richard Hétu qui avait exprimé les mêmes sentiments le 2 juin dernier dans son blog sur cyberpresse:

Richard Hétu:

"Je mets des gants blancs pour exprimer ma déception concernant le caractère infantile et répétitif de certains commentaires qui accompagnent les billets de ce blogue."

Richard Martineau:

"J'en ai ras le cul d'ouvrir mon blogue et de découvrir des messages d'insulte écrits à trois heures du matin.
J'en ai ras le bol de voir mon blogue pris d'assaut par des militants qui profitent de MON espace pour véhiculer LEUR propagande."

Or, on sait par le succès d'innombrables communautés sur le Web que l'on peut facilement orienter la qualité de la participation (et des participants) pour obtenir un contenu bénéfique pour tous: pour les participants, pour les lecteurs, pour le média.

Donc (comme le fait si bien Sebastien dans le Praized Blog):
Qu'est-ce que ça veut dire?

1 - Richard et Richard, je ne veux pas vous faire de la peine, mais ce n'est pas vraiment "VOTRE" blog, du moins pas dans le sens où on l'entend généralement. Ce que vous avez est "un" blog de diffusion, dans un environnement dont vous n'avez pas le contrôle:
- vous ne pouvez pas vérifier qui sont les gens qui font des commentaires;
- vous ne pouvez pas apprendre à les connaitre parce qu'ils n'ont pas de page personnelle où se retrouvent tous leurs commentaires, donc ils n'ont pas la possibilité de se créer une réputation;
- donc vous ne pouvez pas encourager ceux que vous appréciez et éliminer les autres.

2 - Si ça peut vous rassurer, vous n'êtes pas les seuls. Pour être sûr, j'ai vérifié sur cyberpresse.ca, canoe.com, lactualité.com, ledevoir.com, radio-canada.ca, nytimes.com, wired.com, etc. Aucun de ces grands médias n'applique la règle de base de toutes les communautés sur le Web: tout commence par l'individu, sa page d'identité à partir de laquelle on a accès à toutes ses contributions. En fait, espace.canoe.ca est sans doute le plus avancé dans la mesure où il a une excellente structure d'identité (page du modérateur d'Espace Canoé), sauf que cette excellente structure n'est pas reliée aux commentaires dans les médias du groupe!
D'ailleurs, à ma connaissance, aucun grand média classique (né hors du Web) n'a encore mis en place et développé une communauté. (S'il en existe, merci de me les signaler.)

3 - Pourquoi ces grands médias n'ont ils pas encore lancé de communauté alors qu'ils en ont non seulement les moyens mais aussi le bassin (leurs lecteurs, auditeurs, téléspectateurs) et qu'on connait maintenant très bien les avantages des communautés?

Ici, un léger rappel sur le fonctionnement prouvé des communautés sur le Web: 1% des lecteurs deviennent des contributeurs réguliers, 9% deviennent des contributeurs occasionnels, 90% restent simplement lecteurs. Noter que "contributeur régulier" signifie généralement: "participant dont la contribution ajoute un contenu bénéfique à la communauté".
Donc, faisons un exercice rapide: un média sur le Web qui aurait 1 million de lecteurs a le potentiel d'avoir dans sa communauté 10 000 contributeurs réguliers de qualité et 90 000 contributeurs occasionnels de qualité. Soit 100 000 contributeurs de qualité!

Donc, revenons à notre question: "Pourquoi les grands médias n'ont ils pas encore lancé de communauté?"

4 - Une première réponse pour aujourd'hui (il y d'autres façons d'analyser la même cause): parce que ces médias ne considèrent pas encore leurs lecteurs comme des contributeurs.
Ce qui est assez évident quand on fait l'exercice de visiter les interfaces "laissez un commentaire" de ces médias, c'est que les "commentaires" sont traités comme s'il s'agissait d'une façon de "laisser le lecteur ventiler son envie d'interaction", pas comme "une contribution appréciée écrite par des contributeurs tellement appréciés
- qu'on les accueille,
- qu'on leur crée un espace,
- qu'on mémorise leurs contributions,
- qu'on leur permet de s'établir une réputation,
- qu'on récompense leur contribution au contenu du média,"
qui sont toutes des caractéristiques de base des communautés sur le Web.

Bref, Richard et Richard, si vos commentateurs et ceux de la plupart des médias classiques disent souvent n'importe quoi, c'est peut-être parce qu'ils sont traités comme n'importe qui.

SezWho propose une réputation centralisée

Ça vaut la peine de parcourir le FAQ de SezWho qui résume assez bien les possibilités et les écueils de tout système de réputation centralisé.

SezWho dit présenter la solution pour établir une réputation de tout membre d'une communauté à travers tous les sites auxquels ce membre participe. Le puzzle de la réputation est aussi compliqué que celui de l'identité:

SezWho:
* Identifies and highlights the best user generated content making it easy to find quality content
* Enables readers to browse user generated content based on the users
* Lowers the bar for participation by empowering readers to contribute by voting
* Incentivizes positive contribution by rewarding contributors with "portable credibilty"

Les deux problèmes principaux de ce genre de solution sont, d'abord, qu'il n'y a aucun encadrement du vote (règles, contexte), donc aucun critère de la pertinence des votes; ensuite, il n'y a aucune qualification du domaine de la réputation: tous les "points" acquis donnent une "bonne" réputation, comme si "la" réputation était une qualité quantifiable et unique.

Le manque d'encadrement ouvre la porte à tous les abus: par exemple une bande d'amis peut se donner rapidement un excellente réputation à travers plusieurs sites. S'il y a une chose que nous ont appris les communautés ouvertes, c'est que tout système qui "peut" être abusé le sera.

L'absence de domaine de réputation peut porter à confusion: quelqu'un peut acquérir une excellente réputation dans le domaine des jeux en ligne et ne rien y connaitre en vins ou en mécanique automobile (des exemples inoffensifs mais on peut imaginer pire). Autrement dit, malgré ce que prétend SezWho, ce genre de réputation "globale" n'est pas "portable".

Noter que SezWho a tout à fait raison de dire que "le vote est une entrée facile qui permet à tout le monde de participer". Mais c'est vrai pour tout type de vote (concours, sondage, etc.) (et encore: à condition que tout vote soit comptabilisé dans la base de données et dans la page personnelle de chacun... mais c'est une autre histoire).

Toute réputation crédible va sans doute surgir des communautés qui vont combiner "réputation" et "sujets" (ou tags). Les pages personnelles de Worth1000 donnent indirectement une réputation par domaine de compétence créative (photo manipulation, photographie, illustration); mais la "réputation par sujet" est le vrai graal que les communautés vont obtenir un jour. Après tout, il ne s'agit que de recueillir des donnés au bon endroit, au bon moment, puis de les combiner. Plus facile à dire qu'à faire, on dirait. :-)

Metafilter résoud le puzzle de l'identité

À son tour, Metafilter vient d'ajouter à la page de profil de ses membres la possibilité d'y afficher leurs autres pages personnelles dans les services sociaux auxquels ils participent: galerie de photos, sercices de musique, de vidéos, de livres ou de collection de liens et réseaux sociaux. Ils apparaissent sous la forme de leur icone à gauche, comme dans le profil de mathowie (le créateur de Metafilter) ou de la modératrice jessamyn.

Metafilter ne prétend pas inventer cette idée, juste l'offrir sous une forme originale. Cette nouvelle fonctionnalité s'ajoute à la possibilité de mettre dans le profil des sites personnels ou auxquels on participe, comme on le voit dans le bas de la page du modérateur cortex.

Après la floraison ces derniers mois de services proposant de centraliser les identités, on assiste une fois de plus à l'atteinte d'un résultat (regrouper les diverses identités) non pas par un système centralisé mais par un système distribué contrôlé par chaque membre. Chacun peut en effet décider quels morceaux de son identité il veut révéler dans chaque contexte.

Et, bien sûr, en offrant d'héberger autant de fragments de votre identité sur le Web que vous le désirez, Metafilter se postionne encore plus pour ses membres comme le havre ou l'espace personnel où l'on est le plus "chez soi".

En terme de marketing c'est de la fidélisation sophistiquée et très efficace.

Communauté contre "contenu produit par les usagers"

Matthew Haughey, créteur de Metafilter, a créé fortuitous, un blog pour y rapporter tout ce qu'il a appris (et continue d'apprendre) sur la gestion des communautés. Comme il est à la fois créateur, gestionnaire, administrateur et modérateur depuis 8 ans, ses "trucs" concernent tous ces domaines et sont extrêment condensés. Je vais en faire ici plusieurs entrées, en commençant par ce qu'il pense du soit-disant Graal qu'est pour certains le "user generated content", le contenu produit par les usagers:

Je déteste l'expression User Generated Content. Je considère que c'est péjoratif et très révélateur de la personne qui l'emploie. Cela sonne comme si les membres de votre site étaient des robots dévoués qui crachent du contenu pour que vous en fassiez de l'argent. Le terme propre (et respectueux) est "communauté".

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